Le scénario dans tous ses états
Le scénario dans tous ses états
Souvent occulté par le réalisateur ou l’acteur, le scénariste est le talon d’Achille de toute production. Mais régulièrement on entend parler de crise du scénario, de manque d’idées, de manque de formation. Nous avons demandé à quelques auteurs réalisateurs ce qu’ils en pensent.
Le scénario a toujours constitué la sève d’un film.
A l’instar du dramaturge ou de l’écrivain qui couchent sur papier le fruit de leur imagination, le scénariste a pour devoir d’écrire une histoire. Mais contrairement à ses homologues, une histoire écrite pour le cinéma a plusieurs contraintes. La lecture du scénario doit être lisible par tous les intervenants d’un film puisque c’est l’objet auquel tout le monde se réfèrera pendant le tournage. Le scénario doit donc être assez descriptif et informatif pour que l’on puisse chiffrer le coût du film. Il doit comporter un court résumé de l’histoire et doit aussi offrir le découpage de l’histoire en scènes et séquences, description des actions, et enfin texte complet des dialogues. C’est aussi à la lecture du scénario que le producteur décide d’investir de l’argent. A ce moment, il a déjà une idée du casting, du devis et du type de public auquel le film est destiné. Le scénariste occupe donc un poste clé dans le making of d’un film, même si en France celui-ci est très souvent mésestimé.
En effet avec la Nouvelle Vague (1958), le cinéma français a privilégié à outrance la notion d’auteur-réalisateur (le metteur en scène est roi) au détriment du scénariste, remisé comme un technicien parmi d’autres. Résultat ? Cela fait une trentaine d’années que la France se plaint entre autres maux d’une crise du scénario. Selon les plus pessimistes, de moins en moins de scénarios seraient écrits en France et tous seraient mauvais car illisibles.
Pour bien comprendre la notion de « crise du scénario », il faut d’abord se rappeler que le poste de scénariste représente un cinquantième du budget d’un film (10 % aux USA). Sachant qu’un scénario représente 6 mois de travail et (si le projet est accepté) encore 1 an et demi de développement avant que ne débute le tournage du film. Cela fait 2 ans sans rentrée d’argent. Dans ces conditions, il est difficile pour le débutant, voire même impossible, de tenir la longueur. C’est pourquoi, en France, seuls une quinzaine de scénaristes sont réellement professionnels.
Les grands scénaristes français (Pascal Quignard, Danielle Thompson, Jacques Audiard, Jean-Claude Carrière, etc.) se sont fait les spécialistes de l’adaptation littéraire. Cette tradition est liée à la culture française, très riche. Les autres pays (USA notamment) travaillent plus sur le film de commande, obéissant à des impératifs de marketing.A la grande époque, les studios n’hésitaient pas à faire plancher un bataillon de scénaristes sur un film.
L’autre aspect de la crise vient de ce que les télés financent la quasi-totalité des films hexagonaux. Les films ayant vocation à être diffusés à l’antenne, les télévisions ont des exigences draconiennes. La loi du « tout commercial » exige que le film doit pouvoir passer en prime-time (donc accessible à un public familial et assez « rythmé » pour éviter le phénomène de zapping), et le budget ne doit pas dépasser les 15 millions de francs.
Aussi doué soit-il, un scénariste débutant (donc inconnu) aura donc beaucoup de mal à convaincre un producteur s’il lui apporte un scénario rempli d’effets spéciaux et très coûteux du type Guerre des étoiles. On arrive ainsi à une uniformité de la production et des scénarios à la française, surtout pour les téléfilms. Seul Canal + permet quelques fantaisies aux auteurs.
Lorsqu’on ne s’appelle pas Rappeneau, Blier, Sautet, Pialat ou Tavernier : dur, dur d’imposer son script sans qu’il soit remodelé. Cela ne décourage pas pour autant les apprentis « scénaristes-réalisateurs ». Bien au contraire. Un récent rapport de la Femis préconise d’ailleurs un développement de la branche « écriture de scénario. »
Comment devient-on scénariste ?
Pour qui souhaite se lancer dans la grande aventure de l’écriture, plusieurs chemins s’offrent à lui. Les écoles de cinéma du type Femis, Esec ou Ensatt, et les facultés ont toutes un département cinéma, et une division « écriture », malheureusement pas toujours très développée. Ainsi, un ancien élève de Lyon II explique que « l’écriture de scénario se fait par groupes, mais le suivi n’est pas assez rigoureux. (…) A l’arrivée, question écriture de scénario, on n’a pas l’impression d’avoir appris grand-chose. » Pour être scénariste, il y a simplement quelques consignes à respecter. Pour cela, l’apport des livres est précieux. Ou alors, il faut (selon Didier Haudepin) « visionner au minimum 1000 films en les analysant de façon complète. » Cet avis est d’ailleurs partagé par Claude Chabrol qui est passé cinéaste « en voyant plusieurs fois les mêmes films ». Pour débuter, il vaut mieux commencer par écrire un court-métrage. Mais surtout, tout scénariste doit protéger son manuscrit à la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques), ceci pour éviter tout plagiat. Après, les choses sérieuses peuvent commencer…
David Rano
Ateliers d’écriture et aides au scénario
Malgré l’originalité et la richesse de leur récit, la plupart des scénarios atterrissent directement dans la poubelle des producteurs. La raison ? Elle tient essentiellement à la mauvaise lisibilité du récit (intrigue mal exposée, trame dramatique mal structurée, dialogues trop pauvres, etc.), laquelle réduit en poussière des mois de travail. Le meilleur moyen pour corriger ces erreurs est de participer aux nombreux ateliers d’écriture qui ont vu le jour ces dernières années. Durant ces sessions qui durent généralement une semaine, chaque participant passe un entretien avec un ou plusieurs scénaristes professionnels. Ceux-ci, à travers un long travail de réflexion, aideront l’auteur à mieux faire correspondre ses idées avec ce qu’il couche sur le papier.
